Je suis dans l’autobus de l’avenue Mont-Royal. Je n’ai pas très long à faire mais j’ai le temps d’observer autour de moi. D’ailleurs je n’ai que ça à faire en attendant d’arriver à destination. Un flot de 16-17 ans vient s’asseoir sur les bancs perpendiculaires situés face à moi. Il porte une tuque, des lunettes de soleil, des écouteurs et il mâche une gomme de façon très évidente… trop évidente. En s’assoyant il place son pied sur le banc face à lui, à quelques millimètres du gars qui y est assis. Le gars, un jeune de 12-13 ans j’imagine, semble intimidé quelques secondes mais ne semble plus trop s’en faire par la suite. Dans ma tête, je perçois le look et la gestuelle du flot de 16-17 ans comme de l’arrogance. Je me dis « pauvre petit con ».
Il a l’air un peu nerveux. Il n’arrête pas de regarder furtivement à gauche, ensuite à droite, à gauche, et ainsi de suite. Je me place tout à coup d’un autre point de vue. Je me rappelle de quand j’avais son âge. Par sa nervosité, je me dis que sans le savoir, il accorde beaucoup d’importance au regard des autres et à l’image qu’il projette. En mâchant fortement sa gomme, en déposant son pied presque sur son voisin, en portant une tuque et des lunettes fumées, je me dis qu’il veut projeter l’image contraire, par ce désuisement, de ce qu’il est en réalité. Au lieu de m’inspirer le sentiment négatif que j’avais au départ, qui m’aurait donné le goût de lui donner une taloche pour lui expliquer comment respecter son entourage, il m’inspirait maintenant une certaine pitié. Les ados ont tellement peur d’avoir l’air de ce qu’ils sont, autrement dit des jeunes un peu nerveux et craintifs face à la vie, qu’ils portent un déguisement, comme j’en portais un aussi à cet âge, même s’il était plus subtil. Un déguisement qui représente la nonchalence, l’absence de peur face au présent et à l’avenir.
Plus j’y pense et plus je me dis que le déguisement n’est pas réservé aux ados. Il est partout. Plus les gens sont vieux et plus leur déguisement est subtil et raffiné. Il est amélioré d’année en année pour se fondre de mieux en mieux dans ce décor que représente la société. Comme à l’halloween, certains sont meilleurs que d’autres dans le rôle qu’ils jouent dans leur déguisement. Moi qui avait des pensées négatives envers ce pauvre ado. Il se déguise maladroitement puisqu’il en est à ses tout débuts, ça va lui passer avec le temps…

C’est donc vrai. Tu as surement vu juste car on se reconnait tous un peu la dedans. On est pas ce qu’on crois être. On est ce que la autres perçoivent. La perception des autres est notre réalité et il faut s’y faire.
amourable, merci pour le commentaire. D’une certaine façon oui je crois. Et je pense qu’une multitude de règles de la société nous poussent dans une direction, sans qu’on en ait vraiment conscience. Dans le sens que la société est ce qui influence le plus ce que nous devenons.
C’est la première fois que je viens sur ton blog et ton sujet m’interpelle beaucoup. Tu as tellement raison!! Je suis contente que tu aies décelé tout cela chez lui, tu l’as vu comme il est, sans le juger de « maudit jeune mal élevé ». J’aimerais bien que plus d’adultes fassent ce travail de réflexion.
Tu sais, je prêche pour ma paroisse, j’enseigne au secondaire et j’ADORE ça! J’adore mes jeunes, je ne pourrais pas me passer d’eux! Si on se donne la peine d’aller au-delà des apparences, on découvre des êtres sensibles, aimants, peu sûrs d’eux, qui se forment une carapace pour passer à travers l’adolescence. Ils ne demandent qu’à être aimés sans se faire juger.
Oui, il y a des bums, mais c’est la minorité. La majorité des jeunes sont dynamiques, affectueux et ne veulent être inclus dans la société.
Excuse-moi pour le roman, c’est que le sujet me passionne.
Au plaisir de te relire!
alegria : Chaque commentaire que je reçois me dit qu’il y a quelqu’un au bout du fil qui peut lire ce que j’écris, qui peut se sentir interpellé. C’est cet aspect de communauté du blog qui m’intéresse. La rencontre des idées. Merci pour ton commentaire, je trouve que tu as parfaitement raison pour ce qui est d’aller au delà des apparences. La société nous enseigne généralement à tout analyser en fonction des aspects superficiels, ce qui est très malheureux.